mercredi 29 février 2012

Puis-je avoir "mal à l'autre"?

Une partie de la clientèle de mon cabinet fait appel à mes services pour résoudre des problèmes qui ne les concernent pas directement...On attire mon attention sur le cas d'un parent, d'un ami, de quelqu'un qui "selon toute évidence" aurait un problème...

Le but de la démarche logique semble alors de chercher à résoudre le problème là où il semble se trouver...c'est à dire ailleurs...Remettre "l'extérieur" d'applomb afin que le consultant retrouve la paix...

En fait, si on observe les choses de plus près, on peut se poser une question : "Pourquoi est-ce que ce n'est pas directement la personne qui semble souffrir qui fait appel à l'aide?"

Cette question est importante car nous sommes entre adultes et chacun de nous est équipé de mécanismes de survie qui font que lorsque nous avons mal aux dents, c'est notre propre système nerveux qui fonctionne et pas celui de quelqu'un d'autre...

Intervenir pour quelqu'un d'autre, c'est d'une certaine manière "avoir mal à l'autre" comme on a mal aux dents...On peut se voiler la face en appelant cela de la "compassion" ou de l'"empathie" mais en fait c'est tout bonnement une annexion du territoire vital de l'autre...

La demande d'aide "au nom de l'Autre" manifeste par ailleurs un état avancé de cette annexion...Après avoir empiété pendant des années sur le monde de l'Autre, on l'a tellement coupé de ses propres intuitions et inspirations qu'on a fini par l'imaginer prisonnier d'une symbiose totale avec nous...C'est devenu symboliquement une partie de nous...

Comme ce n'est qu'une illusion et que celle-ci n'est pas supportée par les lois vitales qui tendent vers l'autonomie, la partie annexée tend à dépérir devant nos yeux puisqu'elle n'est soutenue que par notre imaginaire...et qu'elle réclame son indépendance...

On peut rester coincer dans ce genre de processus jusqu'au moment où l'on réalise qu'"avoir mal à l'Autre" est toujours un rappel à l'ordre, c'est à dire à la nécessité de tourner le regard dans l'autre direction: vers soi...Je ne peux pas avoir mal à TES dents. C'est impossible...Si j'ai mal quelque part, c'est forcément d'une manière ou d'une autre que j'ai mal à moi...

Identifier le "mal à l'Autre" comme un "mal à moi" est déjà un "éveil"...parce que je peux libérer l'autre et commencer à me poser les vraies questions, celles qui me ramènent à mon voyage personnel, à ma vie, à mes désirs, à ma propre liberté, ou aux contraintes que je m'impose...

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